jeudi, 27 avril 2006

Mots et Maux

Gamin de cinq ans, en ce début d’été 1974, j’aurai vécu une nuit unique qui conditionna et continue à le faire toute ma vie. Je venais de finir mon dîner avec mon papa et me dirigeais vers la salle de bain pour bien me brosser les dents et lancer mon futur déchaussement de gencives J (n’est ce pas Emy).

Soudain, un carillon assourdissant se fit entendre, tel un bombardement nocturne avec quelques éclairs entre-aperçus à travers les persiennes. Ma mère emmenant ma jumelle poursuivie par mon aînée se précipitérent vers l’escalier amenant au toit de la maison, j’étais pétrifié pas eux, ils étaient tout contents d’aller contempler le spectacle, moi j’ai préféré regagner ma chambre en attendant de comprendre ce qui se passait. Mon père était préoccupé par les informations en noir et blanc sur son poste de Télévision Autovox tout en métal.

Quelques minutes de solitude, de béatitude, d’incertitude et d’inquiétude, et revoilà ma maman me tenant tendrement par la main pour m’emmener à mon tour partager et peut être admirer leur spectacle sur le toit, on appelait ça « Chamarikh » ou feux d’artifice, c’était à l’occasion d’une fête nationale, ça se passait à Gambatta prés des actuels Berges du Lac, je détestais alors autant les feux d’artifice que les artifices des fêtes nationales que les Berges du Lac J.

Une fois sur le toit, le spectacle m’épatait pas le bruit de ces explosions qui me terrorisait, je voulais que tout ça s’arrête et retourner dans mon lit relire un « Oui Oui » ou un « Jojo Lapin », des minutes interminables et nous revoilà enfin rentrés.

Une fois chez nous, je n’avais plus envie ni de lire, ni de me glisser sous le bornous de Papa pour regarder un match de la Coupe du Monde 1974 sur Raiuno, je préférais mon lit pour y vivre ma première insomnie, puis mes premiers et pires cauchemars d’extraterrestres (c’était ma passion, je voulais devenir cosmonaute pour aller les rencontrer et trouver un terrain d’entente avec ), de chiens enragés et d’autres créatures monstrueuses.

Le lendemain matin, mon « Sbah El Khir » devint « SSSSSbbbaahhh El Khkhkhkhkirrrrr », eh bien je commençais à bégayer comme si c’était inné. Au départ, on prenait ça chez nous pour de la gaterie propre des enfants uniques, et on préférait durcir le ton ou carrément s’en moquer, idem pour mes copains ou cousins. Après quelques années, et la rentrée à l’école, le problème s’avérait persistant et là il fallait agir.

A huit ans me voilà dans mes premières séances d’orthophonie, assez cool en fait, je m’y plaisais, les résultats ??? Mitigés, une fois à l’aise j’oubliais mon bégaiement, et ma langue se déliait, mais si contrarié même un décodeur de Canal + ne permettra jamais à saisir un mot que je prononce.

L’adolescence enfin pointait son nez, aborder une fille étant la pire des contrariétés dans les années 80, on pouvait être interpellé par son père qui la suivrait ou la draguer dans son propre fief de quartier et se faire taper dessus ou carrément se faire insulter par la nana même ; du moins c’est ce que je craignais alors que pour certaines j’ai même eu droit à leurs lits, mais pétrifié déjà à l’idée de l’aborder avec un « Aââsselllammmmmaa » tel une Citroën 2 CV de l’époque qui peine à démarrer pour problèmes de batteries, je ne peux penser qu’au pire. Certaines d’ailleurs pour me faire plaisir ou peut être par consentement me lancèrent « Un mec beg, je trouve ça mignon ». Ouffff, je traversais cette période avec les moindres dégâts.

A l’aube de la quarantaine, mes proches savent que je suis un beg, ça m’arrive de bégayer en leur présence puisque je peux me permettre de dévoiler et de disserter sur une contrariété avec eux, avec les autres j’ai plein d’astuces respiratoires et même de tons pour contourner le problème, et on finit toujours par s’apercevoir de quelques traces de bégaiement.

Mon orthophoniste et plus tard un psy m’ont lors de notre première séance lancé la même question « As tu des copains ??? » et ma réponse fut immédiate « J’en ai plein », l’orthophoniste rétorquant qu’on fera de sorte à faire des progrès, le reste c’est mon boulot, le psy se contentant de me conseiller de faire du sport pour régler mon dysfonctionnement respiratoire débouchant sur une respiration artificielle faisant vibrer les cordes vocales à une certaine fréquence débouchant sur un bégaiement. Re-Ouuuf, le problème est devenu physique, mais dans le cabinet de l’orthophoniste mes homologues begs étaient plutôt de caractère enfoui, trop solitaires.

Merci mes copains, d’hier, d’aujourd’hui et de demain, je m’en suis partiellement sorti grâce à vous, mon bégaiement je suis le premier à m’en moquer lorsqu’il réapparaît; alors d’éventuels lecteurs de ce post sauront quoi faire face à un enfant beg, enfin je l’espére.

Commentaires

Merci de ton passage sur mon blog et merci de ton soutien à notre communiqué sur le PRIX CIGV 2006

Bravo pr ton blog si riche et si sympa
keep going

http://rachedelgreco.blogspirit.com
&
www.cigv-online.com

Ecrit par : EL GRECO | lundi, 01 mai 2006

j'apprécie bcp le fait de parler de ton "handicap" avec humour c ce qu'on appel faire contre mauvaise fortune bon coeur:)) d'ailleurs c ce qui t'a donner la force de le surmonter
t'as eu de la chance d'avoir de si merveilleux copains

le passage de la Citroën 2 CV m'a fait bcp rire, ça me rappel un cousin qui lui aussi begayait mais lui parlait tjrs d'un prblm de "démarreur":)))

je ne peux m'empêcher d'avoir une petite pensée à ts ces enfants handicapés qui doivent et surmonter leur handicap et le regard des autres (pas tjrs gentil il faut l'avouer :(( )

Ecrit par : phedre | mardi, 02 mai 2006

... j'adoooooooore ce post.. point c tt!!!!!!!!

Ecrit par : dicentra | mercredi, 17 mai 2006

Un beau témoignage sur cet handicap que l'on partage. Ca fait plaisir de lire ce genre de chose, de quelqu'un qui sait vivre avec.

Félicitations.

Ecrit par : Alexandre | mercredi, 17 mai 2006

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